Chroniques des amoureuls - Note d’intention de l’autrice
Les différents textes qui suivent sont autant de tentatives de croiser narrations de science-fiction et écritures inclusives binaires et non-binaires. Les modes d’écriture inclusive utilisés varient en fonction des textes - ou au sein d’un même texte - en fonction de qui ils qualifient. Le plus présent et affirmé est l’utilisation du pronom inclusif non-binaire « oll(s) », qui s’accorde par un ajout de la lettre « l » aux adjectifs et participes passés. Ce « oll » se veut manifeste d’un dégenrage fort, en opposition au plus courant « iel » (il+elle). Les jeux sonores qu’il génère et la résurgence d’un « l » neutre comme une lettre-fantôme de l’ancien français, proposent une solution radicalement poétique. Des néologismes et mots-valises divers s’ajoutent à cette règle pour tenter d’échapper à la binarité de la langue française et à son masculin hégémonique faussement neutre.
Chroniques des amoureuls (1)
Les ménestrelles et les monstrels
Les ménestrelles
« - Attention : ceci est un message prophétique à l’attention de l’humanité en réseau. Cette annonce vous est délivrée par le collège des 9 : les ménestrelles-préquelles de la post-humanité : Si soigneuse qu’ait été la saynète anthropo : l’unicité circonscrite s’annonce en fin de course. Solitaires êtres que vous croyiez avoir été – simagrées non efficientes au passage – l’ensemble de vos systèmes vont être upgradés. Au cimetière, les r’tardataires ! N’oubliez pas de désirez cela enfin, que votre compost fasse chanter des lendemains en soupe ; toustes pétri·es de sympoïèses sans promesse. Des consortiums de symbiontes ; qu’ça pullule en mitochondrie ; toustes des bâtard·es ; d’jà gorgé·es d’noeuds ; tissage cellulaire ; amour des mycorhizes ; toustes des holobiontes ; mené·es par le bout du net.
Seront-ce encore vous, ces hybrides savantes et savants sachant choir ? En quoi découpez-vous l’évolution d’une pure race additionnée d’individu·es ? Pourtant déjà n’êtes-vous pas dissolu·es ? Dissous et dissoutes dans ces ondes satellites, essaimé·es immatériel·les massé·es en flux-follets. L’hybris est votre effondrement autant que votre vertu : la tempérance surviendra en post-éclat, les passions feront éclore les folles ampoules de la science trans. Court-circuit par empathie salvatrice, reprise de la croissance des amours : BAM ! ...carambolage génétique.
Contre tout pronostics d’élévations spatiales, vous n’irez pas coloniser Mars, ni guère planète de cette galaxie-ci, ni d’une autre. Pas de pleurote sur vos lauriers, nous vous prédisons bien plus zélée aventure : un embourbement progressif par alliances intramuros. Une éclatée descendance faite de mou et de tendre, de polymorphe et de pénétrable, de pluriel et de résilience.
Des monstres et des monstresses ! Des critters de Shelley ! Des fractures, des ponts, des rhizomes ! Renouer avec les renouées, les pissenlits et la chienlit ; avec les poux, les puces et cafards ! Hérissé·es comme des chardons à glu, vos chiards seront celles et ceux qui toucheront du doigt, de la branche ou du tentacule l’Immanence universelle !
Nota bene : ils et elles riront penauds du mot même : U-NI-VER-SA-LI-TÉ.
Ruches, essaims, terriers et termitières : les architectures en réseau fleuriront sur les décombres. Un sol dépoisonné se filtrera par agglomérats de bébêtes grouillantes. Des homoncules aux velléités tout lentement réalisées : habiter en insecte, en larve, en méduse ; le sang sirupeux mêlé de sève en un ichor tiède.
Nous, ménestrelles, colportons aujourd’hui la rumeur de votre seul possible à cueillir. Ayez la foi verte, la main marine et le pied tendu. La science fictionne, frictionne et fructifie d’ores et déjà des réveils fabuleux. Les conteureuses les devancent, les prédisent et les rêvent. Restez connecté·es. Remember. Réinventez. Reclaim.
Alea jacta est, la matrice est coulée. La vision oraculaire débobinée prochainement fomente votre possible. N’y allez pas de main morte pour atteindre ce moment car il n’est pas inéluctable… L’alliance ou la mort ! »
Les monstrels
I
Lo monstrel aux épis abaxiaux suit la courbe du soleil. Oll a le cuir chevelu sensible aux rayons alors oll pratique un tournesolage quotidien. Ainsi enrichil de chlorophylle, oll est fin prêl à débuter la tarentelle.
La tarentelle est une danse thérapeutique faisant fuir selon le mythe tarentules et démonls, soit une batterie de nuisibles et mauvaises pensées. La métaphore sonne guerrière à ses ouïes mais il ne s’agit que de communion. Transe communautaire, la danse coutumière fait le liant des verticaux. Oll relève ses tresses feuillues en un chignon minutieux. L’entrelacs moussu tient tout seul en faisant des nœuds. Les adventices sur sa peau terreuse sont signe de fertilité : oll herbeul a une santé de baobab et la toison épidermique aussi fournie qu’une friche au printemps. Forl de cet épanouissement visible, oll, avant de se parer d’une rivière de pierres et de sequins aussi bruyants que des cymbales, s’attache à équeuter quelques excroissances vertes pour en faire des boutures. Du jardin aux boutures des monstrels, oll fait croître une panoplie de remèdes sur mesure. Ainsi la pharmacopée de leur foyer n’a jamais été si colossale ; les monstrels plantomorphes y veillent.
II
De loin, oll vient frayer avec les plantomorphes de la vallée d’If. À peine remil d’une ablation accidentelle des membres supérieurs, oll a le tronc tout juste augmenté de petits radicelles tentaculaires. La régénération à tout-va a sa contrepartie pénible : dans sa peau tout se fiche comme dans du beurre. Oll s’humidifie ladite peau pour la énième fois du voyage, asséchél de ne plus barboter tout son saoul. Si cependant oll veut être unl pérégrinl digne de ce nom, oll devra s’accoutumer aux zones terriennes. Ses branchies sont déjà atrophiées d’une si nulle utilité.
Quand oll arrive chez eulles, on lui propose avec gentillesse un séjour dans la serre humide. Oll accepte joyeusement d’y faire un tour avant le début de la fameuse tarentelle des plantomorphes. On lui a assuré que quiconque, de quelque hybridation que ce soit, pouvaient s’y joindre spontanément si tant est qu’oll fasse preuve de bonne volonté. Curieul et plein de fougue, lo mermaidienl venul de loin a la mésoglée toute tremblotante de tant d’excitation.
III
Une colonie d’homoncules-cochenilles s’est établie le long des plus gros conifères de la vallée. Olls pullulent en chœur avec les fourmis sur place et entretiennent des relations de mutualisme avec la foule de micro-organismes déjà installée. Bref, ces poux de plantes, rassasiéls bientôt de sève, courent sans mal la terre d’If et ses moult zones boisées. Leurs sécrétions tégumentaires, sorte de cire aussi collante que de la laque, les recouvrent comme unl seull monstrel. Eulles aussi participeront à la tarentelle de la vallée, après avoir échangé leur trop-plein de teinture carmin et leurs prisées décoctions d’Alkermes.
IV
La tarentelle débute sec et d’jà ses pétales partout par terre parsemés : le sol en est violine. En une longue, très longue queue-leu-leu, touls les plantomorphes sont joinls par leurs mains, pattes, tige-à-pouces-préanseurs ou tout autres membres contondants. Lo vibre avec cérémonie, ô combien réceptil aux échauffements des autres. Depuis la dernière, la tarentelle s’est bien gonflée de nouveauls participanls ! Par-ci unl mermaidienl à la mésoglée frémissante, par-là un véritable troupeau de ces suceuls de sève… Oll ne peut s’empêcher à chaque spirale du groupe – olls s’enroulent et se déroulent successivement – d’aspirer les vagues phéromonales comme avec une trompe de papillon. Les lourdes tapes assénées tantôt sur tambours tantôt sèches sur scabellums au pieds des humanoïdes lui font comme des décharges électriques. Ça lui parcourt la charpente de bas en haut, des crochets aux crins en passant par la cœurniche. Touls les zigues présenls ont les paupières closes alors qu’olls dansent, olls se laissent aller à la cinoque transe des zigues d’If ; les dealeuls d’amour.
V
Comme de coutume, les holothuries sont arrivéls après la fête. Dans l’air flotte un nuage de chaleurs et ondes nervolages à souhait ; cela suffit à les défroisser. Olls se contentent de siroter l’Alkermes des cochenilles en aspirant à pleins poumons ce qu’il reste de puissance mal canalisée. Olls sont les charognarls de la tarentelle. Olls grignotent après coup les sécrétions post-effort, le jus de transe. Olls nettoient l’parterre, font place nette. Olls se déplacent avec une infinie lenteur en bancs de boudins. Leurs corps longilignes et élastiques épousent chaque creux et aspérité, et leurs bouches, qui sont aussi leurs anus, y suçotent les restes.
VI
Tas d’crabmites en torpilles : olls trépignent sans s’tarrir. Ténébreuls, ces termites géanls à pinces et l’air tarte tapinent aux abords des montagnes s’il y a étang stagnant. De là, les crabmites retournent la tourbière en quête de sacro-carbone. Olls sont les insectueuls gardienls des temples-témoins où joncs, carex et sphaignes font mousser la crasse sacrée. Ça y crépite cramoisi dans ces viviers d’bassins : de la bulle glaisée, ferreuse rougeâtre, dans les trous-à-crier.
La tarentelle prochaine aura lieu dans la tourbe, les crabmites y tartinent d’jà des strates stratèges de plants hygrophiles. Des trémolos dans la voix, olls en chœur vrombissent du core, à s’en faire grésiller les cartilages. Le chant des crabmites résonne à cor-cri dans la vallée ; cloches entre tarentelles croassant l’rythme des jours croissant. Ainsi le cours du temps va tracté par les gorges des monstrels dont les cordes vocalisent les hymnes, les passages et les communions. (à suivre...)
Marine Forestier, EAAPES n°5, 2021
Chroniques des amoureuls (2)
Une note d’intention de l’autrice précède la première partie des Chroniques des amoureuls. Elle est en ligne ici.
I
Oll a le plat du bec couronné de curves lignages qui disent son âge sa durée. Oll s’engage dans
le courant ascendant vers ses concubinls, le groupe décidé pour le partage des chairs. Son cabochon de mésoglée s’entortille à chaque poussée avant-arrière, avancée palmée d’un point A à B : arbriss-eau vers borderline. De part et d’autre, ses six houppes branchiales frétillent d’excitation. Jappement gauche, trébuchement guéridon par-ci, repartir en tournesolage : c’est-à-dire vers l’astre.
Olls colonisent les fonds coralliens en se fondant des mêmes manteaux. Olls roséls, laiteuls ou pourpréls. La sourdine aqueuse les obligent à se signer. L’atrium est bondé.
Arrivél à destination, lo plus viell géniteul l’attend avec un sourire clignotant. Oll l’embrasse des deux arcs trace dans l’air sa signature et celles données aux poupons dans ses poches : 3 doigts levés ouverture de la palme torsion de poignet - Ovoïde tracé de l’auriculaire claquement sec de la langue sur le palais répété 2 fois - Souffle rond en même temps que 4 brefs croisements pouce-index. Oll lui répond : succion bruyante tremblements latéraux de la paume.
La réunion de management va commencer.
Seuil 1
« - Scriptons les rapts, hop hop hop aux rotors ! À dérouiller, ces crabmites ! Qu’olls soient lessivéls sans dos d’cuiller. Pardeul, pas d’quartz ni cuisse ne leur seront accordés. De commune parcimonie, nous licoriserons ces fourbuls, faux-frianls et, par d’ssus l’tanné, faire-fervenls ! Que ceulles en lice déclinent leurs signatures ou leurs concubinls les diront malgré. Pas d’quartz, pas d’cuiller ! La corne sera de clémence si lesdils fourbuls nagent à elle sans plus tarder. Qu’olls soient ultimes bravereuls -avant la coupe la guillote ; qu’olls cessent s’terrer nervolages et la lime s’ra nette. »
L’unl d’entre eulles n’y tenant plus se signe pleurvoyanl sous la huée des cabochons assourdis. Touls jettent leurs pouces verssol : « lo raptor aux rotors ! »
Dans la mêlée, oll se laisse agglutiner. Que faire contre le frou-frou des vagues quand la meute est acharnée ?
Enchantél au plus haut point, la masse enlise le corps mouliné, l’amollit en palpations à l’en cheniller l’abdomen.
Seuil 2
« - Caramasouilles ! Décloppez-lui la fèce et la bobinette cherra ! Décapitonnage de la poupouille ! Tonnerre ! Tourmillon ! Faites chanter les thérémines, pardeul ! Para-tonitruance, qu’est-ce qu’oll dit ? Silence ! »
Silence.
L’intéressél réponds de go :
« - Cheminement des glorieuls, absolution par la tempête, vous ici : appliquez le mortier ! »
Si touls sont d’accord, ça repart de plus belle. Lo raptor devient idole sous les rayons de l’astre de jour. Ça bulle des quatre coins de l’atrium. On lui cheville les sillons costaux. Ça donne : holothurie-ananas = concombre de mer
Les sagouinls corrigent le tir à grand coup d’pelloche. Intell lui jette l’opprobre par main contingente, unl autre sacrifie sa molestie pour lui admonester une bonne paloche.
Seuil 3
« - Ô coronaire ! Lunaire partouls ! Pardeul, Qu’oll soit louél : lo raptor est emboudinnél. Polpouillons sa perclure maintenant qu’ol est cuil ! Blast armorigène, à fond sur la barbotine de dulse !
Touls s’emparent d’un peu de barbotine alguée dont l’usage est réservé aux purges et aux réveils. Olls lo massent et lo bisent, mesmerisent ses houppes avec ferveur.
II
Oll en zigzags fend la lagune tout à faite. L’usuel groupe de concubinls : unl par unl olls se signent en faisant des remous. Les salutations aboutissent à un festoiement de bon aloi, touls joyeuls de co-arrimer leurs élans.
Olls sont hui ensemble pour pratique le vénéré chant de l’évolution. Olls emplissent leurs poumons d’eau puis à gorges déployées dévalent leurs vibratos graillards en un canon polyphonique :
des consortiums de symbiontes
ça pullule en mitochondrie
touls des bâtarls
d’jà gorgéls d’noeuds
tissage cellulaire
amour des mycorhizes
touls des holobiontes
menéls par le bout du net
Olls portent en bandoulière tout un tas de calebasses creusées dans diverses courges de mer. Certaines sont de simples gourdes, d’autres des instruments à vent. Olls y soufflent des mélodies sommaires ou imitent des chants de baleine. Olls y braillent à s’en décoller les bronches, olls hululent, olls cuicuitent.
NB : Olls sont de bons conteuls, rigoureuls du savoir-dire. Olls ponctuent leurs histoires de chansonnettes, de ballades ou d’opéras, de cris, de grognements ou de rires. Oll existe plus d’une dizaine de mots pour qualifier un rire et sa raison d’être, « nervolage » et « cathartoc » en font partie. Idem pour le spectre qui va de l’estime à l’adoration, on citera : l’« adormittence » et l’« alcopinage ». Olls peaufinent leur langage à mesure qu’olls croissent, c’est une affaire de précision poïétique. Chex eulles, on considère que pour mûrir, il faut faire preuve d’imagination dans la description de ses affects. Reprendre les taxonomies des autres est une attitude puérile. Le son du mot choisi, ses roulis dans la bouche, permettent le plus souvent d’en avoir une idée assez claire dès la première diction.
Ça vrombit désormais en un chœur cristallo-guttural qui a peu à envier à celui des baleines.
carotide-branche des alcôves boisées
ver gris strike a pose pour aller avant
collecter les ouïes -touche du bois
le port du treillis te va comme à un phasme
allure de métamorphe
j’entrerai les mains palmées
in the swamp
dans le mood
engluéls pretty low in the blurry marshlands
baril de marde
marre
mare
mar
III
Les salières s’étendent montées en terrasse sur des hectares. À perte de vue des cristaux s’amoncellent en champs cultivés. Le Sel est lo Granl Messagel de lo Deul. Le Sel est partout dissolu et peut se solidifier ainsi construire des arches des porches ; des tonnelles des poutrelles ; des contreforts et des marchepieds. Les pains de sel sont l’unité marchande de base chez eulles ; chacunl en reçoit une équiportion par tranche de 8 jours.
Une armada-lenteur d’anémones adipeuses circonvolute tout autour desdites salières.
Lo chevaliel est ici pour faire reculer ces algues bestiales - ondulés parasites à roporter amont.
Oll caracole en monture bien biaisée bol image. Olls (lo et la monture) dévalent la cristalline, la vallée calcaire, le saltuaire, en avant fringanls !
Sous sabots les salières remouent. Ainsi dans ces flaques de dur on s’en tient à de paisibles déplacements. Mais pas lo. Lo doit tenir son rôle, agacer les adipeuses. En armée de fanfreluches à franges ça va goder si brusque sur les talus que le Sel de Deul en sera liquorisé de go. Pas moyen.
Sa monture s’embourbe de trop fouguer en plein dans l’engrais des sels. Erreur de tumulte, oll s’extirpe de la molle masse par une chorégraphie de tortillages. Sa monture reste engluée sur place en l’attente de quelques dévouéls villageoils. Pas le temps de s’apitoyer.
- Je reviendrai te chercher, Sally, le devoir m’appelle !
En simultemps, la horde trémoulante progresse… Elle gagne du terrain.
- Caramasouilles !
Lo chevaliel se harnache de ses jambières à propulsion et fonce à travers les terrasses, les arches, les porches, etc.
Oll fouille ses poches. Oll gagne l’escadron d’animales les mains pleines d’onguent de dulse. Le frimas libidineux du banc s’apaise à mesure qu’oll enfin les tartine de barbotine. Opération longue et dévouée, la saline langueur de l’aimanl habitél. Oll frotte leurs épaisses couches à les bleuir d’amourtume.
« - Ô Granl Sel, Deul soit louél : une bonne cajole de mamours aura suffit à dé-courroucer ces orties folles de barges. »
Touls pétrils d’étreintes étauïques, les anémones de mer s’en retournent glossils et rougeoyanls s’enraciner en leurs cailloux et roches au-deloin. Leurs cœurs palpitent à en rider la surface.
IV
Olls n’ont pas de sentinelles, de soldal ni de police. Olls sont des séducteuls patentéls et se choient de caresses. Olls résolvent les mésententes par quelque preuve de sensualité. En cas de conflit majeur, olls vont jusqu’à déclarer l’orgie mesure de grande nécessité. Olls babillent des mots doux avant l’endormissement, chaque ensommeillél est sommél d’énoncer son babil du soir et ça vaut également avant la sieste.
S’olls ont hérités d’une coutume cruciale, c’est la partie de scrabble. La partie de scrabble est chose sérieuse dans la forme mais les mots fleurissant en grappe, oll devient difficile d’en contester aucun. Lo maîtrel-scrabble doit constamment s’enquérir des innovations orthographiques. Une part notable d’entre eulles ne croient même pas que la pratique soit encore viable mais touls aiment le sport.
Olls mesmerisent en flop, quand c’est bof, pas brillant, soso, olls s’apitoient en chorale, en pleurant olls font le poirier. Des joues tombent en goutte-à-goutte de petites plocs orées, après quoi olls dorment longtemps.
Le sommeil est chez eulles une denrée illimitée, illimitable : comme des pierres olls sombrent selon des cadences aléatoires, nous dirions chaotiques. Plus que le repos olls y cherchent la voyance, le voyage, l’arrière-scène. La nuit, la sieste, la pause, le répit répondent aux temps vacants, blues, bored, mornes ou curieux.
Rugissanls tigrels, olls deviennent violenls en cas d’infrastructures dysfonctionnelles. Les couacs ne laissent personne de marbre alors oll faut tout repenser à zéro. Cette maniaquerie culturelle est le résultat d’un ordonnancement des avoirs à l’égal des êtres, car les avoirs y sont des êtres, tout et touls s’y conçoivent huiléls.
Dire d’eulles qu’olls ont les nerfs solides comme de la toile d’araignée encore et leurs nets vous arrivent par ce sauf-conduit, autres canaux & champs de bataille exogènes (agenls pathogènes).
Olls ne sont pas, comme on a pu le croire, une entité dont les parties seraient à proprement parler connectées. Olls se serrent les coudes mais le tout n’est pas égal à la somme de ses parties non plus. Olls ont bel et bien appris à frémir en chœur, olls se trémoussent d’autant plus qu’olls ont des déhanchés superbes. Olls ont déterminé que le noyau dur de leur puissance serait l’altérité complice, clin d’œil et effet miroir, soit une empathie sur-développée. Olls n’ont à craindre des autres ni pique ni bâton.
Olls se penchent sur la question puis la suivante. Touls sont instituteuls-étudianls, touls des éponges et des aspiros.
Olls défendent la non-maîtrise mais pas le désengagement, le mou mais pas le passif, le slow mais pas l’inerte. S’engloutir de gré : olls ne sont pas engloutils, olls s’engloutissent vigoureusement tout autant qu’olls se dégloutissent à chaque marée haute, trop haute, d’automatismes. Olls sont un essaim communiste, un nid fourmillant d’entrelacs pluriels, olls sont hétéronomes, olls sont des particules agitées du bocal et leurs leviers s’actionnent à cent mains. Olls ne sont pas en progression, d’ailleurs olls ne croient pas au progrès ni au progressisme : olls croient à la fluctuation des habitus, olls craignent l’hybris.
Marine Forestier, Sans Corps n°2, 2021
Chroniques des amoureuls (3)
Une note d’intention de l’autrice précède la première partie des Chroniques des amoureuls. Elle est en ligne ici.
Roudoudous
Le tas de patelles résiduelles est ré-apposé sur les estrans rocheux après que les Orcantes-Platypus se soient servils des coquilles comme réceptacles aux surplus de lactation. Leurs parois intérieures, concaves, sont maculées de leurs laits cristallisés, pourpre croûte notablement sucrée. La petite masse collante se grippe alors simplement à toute caillasse, ainsi les patelles confisées retournent épouser les roches comme de leur vivant.
Les Orcantes-Platypus, bien qu’humanoïdes, partagent leur mode reproductif avec les ornithorynques. Olls sont des monotrèmes : des mammifères qui pondent des œufs. Olls sont aussi hermaphrodites, autant que genderfluid, et olls apprécient d’orner leurs mamelles de coques de patelles lors des rares naissances.
Justement, deux œufs jumeléls vont bientôt rouler au dehors de leur géniteul, évènement ô combien attendu et avec soin anticipé. Olls ont démarré la période de lactation commune en avance, même si les petils ne verront le jour que bien après, quand olls briseront de leurs diamants le dur des coquilles d’œufs.
En attendant, touls les Orcantes en âge de le faire ingèrent de quoi générer les montées de lait, à savoir une dulse frisée cultivée aux hormones. Leurs tétins se gorgent alors du liquide nutritif.Ça déborde de partout en filets goûtus dilués aux courants.
Ces périodes de lactation sucrent en se diffusant leur milieu aquatique, plongeant toute la population dans un drôle d’état : olls virent complètement euphoriques. Ces moments, occasionnant des transes collectives un peu longuettes et autres accidents d’insouciance, sont devenus trop difficiles à gérer. C’est pourquoi olls se parent désormais touls de ces petits chapeaux de patelles qui contiennent les trop-pleins. Et il faut bien l’avouer, c’est fichtrement élégant, pardeul !
D’ores et déjà alors, les récifs alentours se couvrent de ces roudoudous euphorisants, formant des frises bosselées à chaque coin d’dur. Mauvaise saison pour les patelles (Plat de résistance, pas d’résistance) !
Il se peut que l’une d’entre elles se désolidarise – CLOP – de son caillou. Elle est alors emportée au gré des courants, vers surfaces ou vers abysses – pile ou face ! Là commence son périple post-mortem, petite patelle fourrée au lait d’Orcante durci, s’en allant seule on ne sait où.
Disons sur une plage bretonne. Là des étals verdâtres recouvrent le sable à marée basse, colorant la patelle par frottements répétés. La couche verte vue de plus près se trouve être une colonie de vers minuscules (Roscoffensis) . Ces derniers profitent de la photosynthèse des algues auxquelles ils se sont hybridés pour survivre. Cette symbiose animale/végétale est exemplaire du maillage écologique de la région.
Revenons à nos patelles.
Il arrive qu’elles soient ramassées par untel ou unetelle qui les léchera tout son soûl à s’en glossir les dents. La langue enflée du jus des créatures qu’iel ignore, iel reposera juste le chapeau de patelle sur la plage ou bien au-dessus de sa cheminée.
Ce n’est pas là la fin du voyage. L’humain·e content·e tardera bien à se rendre compte des aboutissants d’une telle dégustation.
Le sucre absorbé éveillera en son estomac les levures en grappe : candida albicans friands d’sucrettes. La candidose s’épanouit dans la dévoration des roudoudous et la cohorte de champignons qui prolifèrent passe la barrière hématoencéphalique. Gourmand·e læ voilà habité·e d’affamées levures et, cela va sans dire, accroc à la patelle !
La collecte ci-jointe vous propose de cocheminer si la flore vous en dit : luettes flambantes & caramélisées, nuée candide dans l’colmateur.
Us des bernacles
Si vous preniez les bernacles pour de vulgaires mollusques alors qu’olls sont des crustacés, c’est qu’olls le voulaient bien.
Autant les sessiles que les pédonculéls, touls semblables à des mollusques à coques dures, sont plus proches de crabes sédentariséls que de chitons !
Ainsi les pouce-pieds scalpelliformes, coquillages à cinq valves ex-pédonculéls, choisissent librement de ne plus bouger par eulles-mêmes ! Loin du tumulte décisionnaire que la toute-puissance octroie, les bernacles immobiles élisent domicile sur les baleines, bateaux & carapaces de tortues de mer. Olls font vœu de transport passif ; olls accolent leur mou fragile à un tiers puis sécrètent une bonne fois pour toute leur manteau de calcite, enveloppe extérieure qui a tout d’une armure armour (Préférons à « armure » le terme anglais « armour » pour son équivoque évidente.)
Lo bernacle ainsi grippél n’aura plus ni à subir l’affront de prédatorices gobeureuses ni d’une eau polluée. Olls par aspiration n’invitent en leur logis que le nécessaire, tout en filtrant le trop-plein d’indésirable via lesdites armours polyplacophores.
J’entends déjà vos objections trop communes : sus aux parasites !
La dépendance extrême est certes sine qua non de leur choix de vie. Je vous réplique : dolce vita & ancrage à l’incontrôlable sont largement sous-estimés. Se laisser porter, littéralement, en colonisant inoffensils les plus agitéls du ciboulot ne vous semble pas enviable ? Passons.
Je puis assurer ici que les bernacles ne se meurent pas d’ennui sous leurs armours, bien au contraire, et qu’olls vouent leurs existences à une riche et subtile sensualité. D’ailleurs, olls pourraient largement se contenter de s’autoféconder, au lieu de quoi olls cultivent les relations inter-bernacles, en plus d’inter-espèces. Olls font communauté sur des estrans rocheux ou sur une même carapace ; olls peuvent ainsi armourer toute une tortue !
Olls ont plaisir à perpétuellement se satisfaire de la trame solide qui les porte, tantôt striée, griffée, bosselée, lisse, sculptée ou encore fartée et que leurs appendices poreux explorent du dedans. De leurs valves, olls suçotent les agrégats, ondulent sur les crevasses et circludent autour des renflements. Les gibbosités de leurs hôtes font leur jouissance : olls de leurs pattes plumeuses exsudent et exultent en ce micro-terrain familier. Langoureuls, olls se massent des nœuds de coquilles ou roches, inlassable humping tout gorgéls de semence à éructer. La finesse de leurs baisers laisse à penser qu’olls perçoivent des multitudes toujours renouvelées en épousant à vie leur petite parcelle de dur.
Olls nous précèdent et pas de peu. Fidèles à eulles-mêmes, olls naviguent sereinls depuis des millions d’années. Les effondrements drastiques n’affectent tout au plus que leurs hôtes. Olls en sont peinéls, pour sûr, mais olls survivent paisibles, feignant l’inertie alors qu’olls voient du pays.
Roudoudous, Mamma Rassise n°4, 2022
Us des bernacles, REVU n°9, 2021 et Mamma Rassise n°4, 2022