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SALIVE

Ici, essai de la page pleine de bave, jolie bave, celle générée par l'envie et le désir de s'en lier dans la langue, avec, tout contre, glande salivaire, possibilité d'étalement, surface de lèche infinie mais précise.

Ici, seront posés, déposés, [presque] librement, ici vont entrer en résonances vos textes et les langues appelées et déployées dans cunni lingus, ici des liens frétillent de se faire.

Envoyez-nous vos écrits, brouillons, palimpsestes... toute page mettant à l'œuvre vos émulsions qui interrogent nos constructions sociales, l'identité de genre, sa réalité ou sa virtualité, nos relations aux vivants, les notions, concepts et valeurs sur lesquels repose l'hétéronormativité... Nous salivons déjà de vos tentatives où langue oscille, bouscule/bascule.

Tous les textes seront publiés sans passer par le comité de lecture, à l'exclusion de ceux qui ne correspondraient pas aux critères de la revue ou de ceux qui pourraient présenter des propos à caractère raciste, sexiste, homophobe, transphobe, injurieux... Les écrits y répondant indirectement ou dont les extraits envoyés ne rendent pas lisibles/visibles ce travail devront être accompagnés d'une note d'intention.

Envoi à qunnilingus[at]gmail.com.

2026

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17.05.2026

Chaîne à dents

 

Sa mâchoire s’active de façon automatique
Réflexe de chienne de garde


Ses dents grincent et les rouages se mettent en marche
L’articulation temporo-mandibulaire s’actionne :
de façon similaire à une charnière, le condyle sort de la fosse temporale, se déplace vers l’avant et vers le bas, dans un mouvement de translation,
sa mâchoire s’ouvre
Ses dents grincent et tournent,
Le condyle reprends sa place, fermeture de la bouche, et recommence
Sa mâchoire s’active, machinale,
Elle salive.


L’os mandibulaire et l’os temporal, séparés par le disque articulaire, effectuent des mouvements :
de propulsion ou de rétropulsion,
Son menton va vers l’avant et vers l’arrière,
Des mouvements d’élévation ou d’abaissement,
Sa bouche s’ouvre et se ferme,
Des mouvements de diduction :
Sa mâchoire tourne.


Elle salive
Le long de la face médiale du corps de la mandibule, les glandes
submandibulaires, déversent la salive par l’intermédiaire du canal de wharton, à la base du frein de la langue
Sa bouche reste fermée, lèvres l’une contre l’autre, sèches, le mécanisme s’active à l’intérieur, glisse contre les muqueuses buccales, huilées
Propulsée régulièrement de sous la langue, la salive lubrifie le système
Il y a des endroits où la peau est humide et d’un coup elle est sèche
Elle salive, des vagues tièdes de sécrétions se diffusent du dessous de la langue vers les gencives,
passent entre les dents et s’étalent sur la peau des joues
Elle salive, ses dents ne grincent pas, sa mâchoire s’actionne, ses dents se rencontrent l’émail claque


Sa mâchoire tourne,
dans le vide,
Réflexe de chienne toujours prête à mordre


Sa bouche est fermée, se mue en mouvements circulaires
Ses dents tournent, dents de chaîne en acier, propulsées autour du guide-chaîne, propulsées autour
du disque
Sa langue est collée au palais, au repos, sa langue pousse périodiquement la salive vers l’arrière de la bouche, vers le haut de la gorge,
Elle salive elle ne bave pas.
Sa mâchoire tourne, ses joues se tendent et se distendent, les dents glissent
La denture est l’élément le plus important d’une chaîne, car elle coupe
La salive permet de parler avec aisance et de mâcher sans se blesser,
Ses dents luisent.


À l’intérieur de la bouche, là où la chaîne tourne, c’est chaud et humide, moite agréable, tout est lisse huilé recouvert par les fluides, moelleux
Sa bouche s’ouvre et se ferme, ses lèvres restent fermées, sa bouche reste serrée,
Sa mâchoire tourne.
Ses dents se rencontrent, amorties par quelques muqueuses, ses dents ne claquent pas, l’émail luit,
La chaîne tourne,
prête à mordre


Sa mâchoire tourne, parfaitement autour de son axe,
la machine tourne
Réflexe mécanique
réflexe de chienne jamais au repos


La machine tourne tout circule, les dents luisent se rencontrent sans choc, l’émail uniforme disparaît
doucement derrière les gencives roses et fermes,
La chaîne tourne et les dents claquent, la salive gicle des glandes, les muscles masticateurs se tendent et se détendent, les mâchoires se serrent et se desserrent,
la chaîne glisse autour du guide.


un morceau de muqueuse d’un creux de l’intérieur de la joue se glisse sous une dent, accroché à une aspérité de l’émail, une petite saillie crème moins blanc un peu moins brillante un peu plus rugueuse, accroche un décollement de chair, moins doux un peu plus râpeux, —>
une aspérité de l’émail légèrement émoussé accroche un morceau de la muqueuse lisse chaude
contre laquelle les dents glissent, —>
une minuscule surface un peu plus rugueuse au milieu de la surface brillante vernis blanc dans
laquelle le mucus ne s’est pas assez glissé,
minuscule saillie poreuse plus rêche plus sèche entraîne entre les mâchoires un morceau de joue,
rencontre rouge chaud, moelleux contre blanc lisse, dur.
le tissus se déroule sous les maillons de la chaîne qui ne s’arrête pas de tourner et entraîne la
membrane la joue les muscles les tendons la peau


Sa mâchoire tourne et ses dents claquent, la salive gicle, les muscles mastiquent se serrent et se
desserrent et la chaîne glisse autour du guide,
la chair passe sous la chaîne
Ses lèvres sont trempées et tout est glissant dedans dehors lubrifié de salive qui jaillit recouvre
déborde, elle bave,
tout glisse et les dents dérapent croquent dans les joues se déchaussent mordent dans les gencives
attaquent l’émail se fissure
Sa langue se décolle du palais entraînée sous les dentures tire le frein décolle le plancher la salive jaillit, s’ajoute à toute cette matière humidifie la viande se forme en bouillie tout est trempé et baigné de mélasse pâte agglomérée forme bouchon au fond de la bouche au haut de la gorge plus poussé par la langue la trachée se bloque
les mucus coulent s’échappent à l’extérieur de la machine sur la peau sèches, échappées de filés
teintés rosés, une boue plus épaisse rougeâtre grumeleuse dépôts gluants se dépose,


les joues disparaissent
le système s’auto-digère.


la machine tourne et tout glisse
sa mâchoire mastique, broie
la chaîne coupe, s’enfonce dans la matière
tout s’auto-digère.

 

 

Désirs


ça coule sur le sol ça coule et ça déborde de partout
ça suinte et ça se répand partout par terre dans la poussière entre les blocs les plinthes les dalles
de béton cirées


ça s’infiltre dans les craquelures les creux les interstices dans les sols fissurés des trottoirs gercés
mes désirs se sont plantés là, dans des sols irrigués de bave et de crachat
dans des odeurs de pisses et de corps chauds


dans des odeurs suffocantes de béton
sous des néons surchauffés aux éclats ternis dans la saleté de l’air ambiant de la poussière qui
vole, de la poussière qui colle aux peaux qui laissent leur moiteur sur des bars en métal
réchauffées de trop de paumes collées de bouts de doigts collants et fuyants
mes désirs se sont plantés dans des recoins de crasse accumulée
dans des foules agglutinées de corps brinquebalants gigotés rentrés dedans par à coup de
poussées d’airs manquant
ils ont été abreuvés des matières visqueuses rampantes répandues sur les sols les rues, irrigués
des flux qui coulent d’entre les corps
des perlées sorties d’entre les lèvres entrouvertes de murmures de rages de colères d’insultes de
désespoirs
des coups de langues acérées
dressées pour lécher la peau à blanc
des langues assoiffées à laper les moiteurs salées les sueurs


sur ces sols irrigués mucus, inondés de sécrétion, des fleurs ont poussé
de dedans des tas de poussière
des fleurs poussent du bitume glacé
elles ont les racines rouges comme moi


elles poussent et écartent le bitume elles poussent et craquent l’asphalte des tunnels et fissurent
les dalles coulées parcourues de trop de pas de trop de passages déjà
elles se soulèvent
elles se soulèvent et creusent le béton et remontent les fondations et bullent aux surfaces du
goudron
leur semence se répand dans les airs pollen gluant qui s’incruste dans les membranes qui rentre
dans les pores qui fait luire les peaux et anime les membres
qui remue les foules et anime les corps en surchauffe en surcharge d’émotions qui éclatent dans l’
air


mes désirs ont germé dans ces airs suintants dans ces fissures de trottoirs encrassés, inondés de
ces muqueuses fertiles
là où ça coule se répand et déborde de partout
je me coule me répands en flaques en coulées écrasées sur les sols perpétuellement piétinés
au milieu de toutes ces baves brûlantes déclamées et criées
mes désirs se sont plantés dans ces airs humides condensés d’orages
et ont germé dans des fissures de trottoirs
arrosés de tout ce qui a glissé sur le sol
baignés d’amas d’écumes


et sous toutes ces baves amalgamées sur les sols collants les carrelages froids
dans des odeurs de renfermé de poussière et de sueurs
dans des intérieurs humides ruisselants des chaleurs des peaux moites
de tout ce qui a goutté d’entre les corps pour se faufiler entre les lattes de plancher, pour se
carrer dans les recoins pour laisser des flaques dans des salles sombres
dans des chiottes carrelées dans des caves presque fraîches de murs béton
de tout ce qu’on a laissé glisser d’entre des lèvres entrouvertes, de tout ce qui s’est propulsé de
bouches béantes

de tout ce qui transpire aux surfaces pour s’échapper en buées coulantes
des fleurs ont poussé
elles ont les racines rouges


et dans les pénombres chaudes d’extérieurs déserts flippant de vide
en pleine vue sous des pleins phares braqués aux milieu de chapes de ciment
en pleine vue dans la pénombre affolante de vide maintenant
des désirs ont poussé
en désordre, en désordre éparpillés dans des rues dans des intérieurs, piétinés dans des foules,
répandus dans des airs surchauffés de moiteurs de corps, des airs suintants de vide
irriguées de salives crachats baves perdues noyées de salissures coulées des fissures
mes désirs ont poussé


mes désirs ont poussé en désordre
dans des odeurs de pisse de sueurs et de béton humide
irrigués de tous ces mucus qui inondent les sols craquelés dans lesquels les graines se sont
logés
ils ont fleuris
en pagaille à travers les fentes les crevasses, entre les piétinements et les martèlements choyés
de vibrations
pollinisés par l’air chaud moite par l’air chaud surchargé de poussière et de transpirations et de
particules de béton
ils ont fleuris et ils ont les racines rouges

Garance Deprez

° ° ° ° °

Corps RebeL


Corps RebeL
Corps qui existe
Corps en dentelle
De ta chair, tu jouis, tu excites
Plonger au plus profond des abysses
Tu arrives à remonter fier
Fier de ne plus être dans l’ombre
De se montrer, de se bouger sans avoir honte
Corps monstrueux
Corps voluptueux, ténébreux
De ton étrangeté tu attires
Tu suscites des désirs honteusement enfouis
Tu t’enivres dans des bras d’amantes
Surprises par ton aisance et ta vitalité
Corps habité
Corps possédé
Tu te laisse envahir par tout tes fantasmes
Tu frémis au coups langue sur tes courbes généreuses
Corps résilient
Corps désobéissant
Tu vis et aimes par transgression
Le plaisir, le désir sont devenus passion.


Nolwenn Le Bars

 

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30.04.2026

 

Convoquer la mélancolie,
s’y agripper
pour éviter le grand vertige.
Amie fidèle,
carapace belle et douloureuse,
elle me porte,
me permet d’exister
quand autour, le vide se creuse.
Noyade vertigineuse et délectable,
tourment qui me fait virevolter
dans une danse douce et dangereuse,
jeu quasi sensuel.
Qui suis-je dans le vide
sans mon amie fidèle ?



Perdre la confiance,
elle s’évade, se désagrège
au contact des autres.
Les mains demeurent vides
quand les échos sont brillants.
Des images à créer pour briller,
s’efforcer d’apparaître,
gagner,
et se comparer.



Insoutenable.
Comment supporter l’insoutenable ?
Hurler. Avancer.
Point.
La vie est une pute,
sacrée pute,
qui te fait miroiter avec élégance
sa prétendue beauté.
Tu te noies, tu coules,
et tu fais tout pour remonter.
Intensité ou désespoir ?
Tu oscilles.
Rouge ou noir,
viser l’incandescence.
Prise dans un egotrip,
labyrinthique.
Comment redevenir heureuse
d’être banale ?



Est-il mort ou vivant ?
Ce lézard
au fond de ma gorge,
tapis derrière la porte brûlante,
Il se débat,
tente de s’extraire
pour émerger à la surface
d’un monde déchu,
révulsé par cette réalité,
tiraillé,
sa cage l’emprisonne.
Traverser le passage, vers l’espoir,
il grouille, se débat.
Pas de pitié,
tout le monde veut exister.
Le cri des tripes,
la rage lucide
sans violence,
la rage lisse,
lissée par le monde.



Se forme et se déforme
l’irrépressible vie
qui ne tend qu’à mourir.
Irrépressible et périssable,
en conscience maîtrisée,
inconscience qui se doute,
redoute
sa délicieuse fin.



Je me dresse,
me redresse,
pourtant je m’affaisse.
J’ai choisi
de vivre couché·e.



Sauve-moi de moi-même.
Je n’ai pas les mots
pour te rencontrer.
À la dérive,
tenue à ce drame
comme à une malédiction.
Seule moi
peut rompre
l’enchaînement
de ce drôle de sortilège.



Je pense à toi,
je t’étouffe
pour ne pas voir
ta douleur.
J’ai peur que tu meures.
Je dresse mon personnage
pour te faire croire
que je ne te vois pas.
Au fond,
je m’effondre
pour deux.



Tenir le cap,
surfer la vague
qui soulève un océan d’angoisse.
Regarder droit dans les yeux
la plaine abyssale de mes souvenirs.
Soulever la roche
d’un passé lointain,
transposé.
Longer la dorsale océanique,
trébucher dans le creux
de ma mémoire.
Évanouissement.
Remontée
dans la douce percée lumineuse
d’un nouveau monde
à créer.

 

Marine Tabard

 

 

° ° ° ° °

 

dans la famille Angot je voudrais

la mère qui n’a pas su voir

la belle-mère qui refuse d’ouvrir la porte et d’en parler

le mari qui n’est pas intervenu quand ça a recommencé

l’amant Black qui se dit Schwarz pour ne pas se dire noir

la petite-fille qui met les mots sur

(nouvelle génération qui, enfin, comprend)

 

dans la famille Angot je voudrais surtout

cette petite fille bébé filmée en home movie

1993 et elle rit elle est heureuse

elle se baigne dans la mer avec son père

cheveux bouclés

elle dort corps offert et fragile

elle mange en s’en mettant partout

elle est l’enfant que sa mère

l’écrivaine violée par le père

aurait voulu être

 

dans la famille Angot je voudrais

le docu-fiction

le film de la sans-famille

on y convoque ce qui reste

on fait le film soi-même avec ce qui reste

(comment filmer l’inceste, sans espace ni temps)

on est l’actrice de son film

(entre perchman et cameraman, non vus, les amis)

on s’expose

on se surexpose

interview tête-à-tête

caméra et parole pour

déceler

ce qui reste de l’inceste

(même musique, à Nice, que dans l’expo de Montpellier

au MO.CO, ces trompettes qui déchirent

quand ça recommence

le lit grince

à l’étage du dessous l’autre (le mari) n’intervient pas)

 

dans la famille Angot je ne voudrais pas

le père incestueux

d’ailleurs il y est à peine

(une seule photo

très rapide

c’est lui

il est mort

pas interrogé

Alzheimer)

la photo en soi ne dit rien

il faut les mots

la faire parler

 

dans la famille Angot je voudrais

la romancière

la cinéaste

l’adolescente violée par le père

celle que l’art tient debout (avec l’avocat)

celle qui veut (sa)voir

contre tous ceux qui ne veulent pas

errent aveugles à Colonne

se crèvent les yeux tel Œdipe

face à l’amartia à l’hubris

 

 

dans la famille Angot je voudrais

la lucide

la révoltée

la femme qui me ressemble

la sans-famille électrique

celle qui crée (repousse la salissure du patriarcat

et la mort muette)

le cinéma-thérapie

la catharsis

le cinéma comme famille, recréée

 

dans la famille Angot je voudrais

toutes les femmes qui s’y voient

les victimes

du patriarcat occidental bien français (et réel)

 

 

à propos de Une famille, Christine Angot, 2024

Anne Barbusse

 

 

 

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18.04.2026

Le corps de la petite fille s'est développé et
C'est lui qui servira de jouet aux hommes désormais
La petite bonne femme
Arbore un vocabulaire subtil
Elle est sainte et délicate, serviable, patiente
Elle est mûre pour son âge
Prévenante, délicieuse
Absolument charmante
Elle ne se teinte même pas la bouche avec le rouge vulgaire de ses comparses
Ses lèvres sont déjà tendres et d'une carnation parfaite pour le regard dévorant
Des carnivores adultères
Délicieuse vraiment oui
On la croque du regard
Délicieuse
Mmmh...on en ferait bien son quatre heure
Ces deux petites protubérances rondes comme des pommes
On mordrait bien un coup dedans
D'un geste imperceptible on les arracheraient de l'arbre
Pour qu'elles tombent plus vite
Dans les mains caleuses des oncles avinés

 


Sa poitrine de limande
Plate
Disent les garçons de son âge
Délicieuse
Disent les vieux dégueulasses
Devient le plat préféré des yeux infectés de pornographie
On ne sait comment elle apprend à apprécier les remarques déplacées
Se faire siffler est le signe qu'elle est devenue grande et désirable
Elle salue en retour d'un sourire innocent la ribambelle d'ouvriers qui lui lancent des
compliments du haut de leur échafaudage
C'est la première fois
Et à partir de cet instant, elle sent qu'elle est belle et qu'elle doit s'en méfier
Elle est fière de devenir peu à peu une femme
Espère que cela ne lui fera pas quitter l'enfance trop vite
Et ça n'est pas très clair, cette frontière
Entre son propre désir et celui qui lui est renvoyé

 


On lui dit mademoiselle
On lui fait du pied, de l’œil, du plat
Et le frisson qui la parcourt est froid
Bien que ses joues rougissent
Dès lors, impossible de savoir si le rush qui lui teinte les organes provient
De la peur ou
Du plaisir

 


Tout emmêlé
La gêne n'est pas nommée
Il a été confusément inscrit en elle que plaire à des inconnus est le signe attendu
Le feu vert:
Tu fais partie de la cour des grandes

 


S'asseoir sur les genoux des hommes qui entrent dans sa maison
Sera désormais pris comme une invitation à la tentation
Pas comme le signe qu'il reste encore en Elle quelque-chose de la petite fille
Elle entendra leur souffle s'accélérer et sentira leurs mains glissantes
Alors
Comme un diable qui sort de sa boîte
Le ressort de la honte la fera lever
Eux, se désoleront de son prompt départ
Ils ne se poseront pas la question de savoir si leurs bruits et leurs gestes étaient
déplacés:
C'est un jeu
Tu aimes encore jouer
Non ?

 


Elle jouera dans sa chambre à la pute amoureuse
Version acidulée de Pretty Woman en jupe Pimkie et décolleté
Elle se fera une idée de ce qu'est une sexualité de grande
Tout en explorant dans ses draps, sur sa peluche et son oreiller
Ce creux des vagues lentes, et leur acmé soudaine

 


Elle ne sait pas nommer
Elle croit que c'est un pouvoir secret
Un jour où Elle est surprise par sa mère, elle lui dit :
Je mets du froid sur ma lune, ça me fait du bien
Comme un médicament

Elle apprend déjà à se sédater quand la nuit est trop longue à venir
Et qu'à tour de rôle ses parents lui répètent:
Il faut dormir

 


Elle se demande si sa mère a dit à toute la tablée cet aveu qu'elle vient de lui faire :
Je mets du froid sur ma lune, ça me fait du bien
Ça n'est rien qu'un somnifère en plein cœur de l'été
Pas la peine d'en faire l'affaire du siècle

 


Elle croit que
La mère ne sait pas
Qu'après le froid
La lune devient rouge
À force d'être frottée

 


**

 


L'ogresse prend et chasse
Avec sa meute de bêtes
Elle affame la femme
Et lui laisse juste assez pour ne pas mourir
Pour ne plus qu'On la touche
Pour ne pas qu'On la voit
Pour devenir aussi petite et transparente
Que la fillette apeurée qu'elle fut

 


Pour survivre elle s'est amochée, elle s'est emmochie
Elle a laissé pousser sa barbe et elle boîte
Son corps est flasque et gris
Elle ne fait envie à personne
Mais quand un homme passe devant sa maison
Elle se sert de ce qui reste de magie dans les yeux de la belle échevelée
Elle se sert des yeux doux et tristes de l'attendrissante môme
Elle le charme
Et n'en fait qu'une bouchée

 


L'ogresse veut jouir
L'ogresse veut aussi sa dose de plaisir
L'ogresse est grosse de désir
Grasse de lubricité
Elle est vieille
Écœurante

 


Les dents qui lui restent sont vertes
Elle rit en se tripotant la panse
Son enveloppe de chair et ses doigts boudinés fondent
Ça coule
Bougies acides
Triste cire du visage fiévreux
Ça se transmute en secousses
Ça change de peau
Jeune vieille moche belle
Ça ne sait plus qui c'est
Ça hésite
Dans quelle forme finir
Sous quelle forme revenir

 


L'ogresse est incestueuse
Elle a les mains qui traînent
Les mains, comme On dit baladeuses
Elle éclate d'un rire qui sent le stupre à plein nez
Ses lèvres tremblent
Ses yeux bavent
Elle continue de vouloir toucher les chairs fermes ou dégoulinantes qui sont à sa
portée
Elle n'est calme qu'après l'orgasme

 


Bannie elle se change en hirsute
Délaissée elle harcèle
Il faudrait s'occuper d'elle
Suffisamment pour la tenir hors d'atteinte
Pas assez pour ne pas la laisser accaparer toute l'attention

 


Il faudrait l'éloigner
Elle est l’œuvre d'une généalogie malade
Personne n'échappe à son sang

 


**

 


Laisse moi
Je vais faire courir mes tigres
Ils ont besoin de s'ébattre

 


C'est pas de gaieté de cœur que je les enferme
C'est pour éviter qu'ils se sauvent

Et déchiquettent le beau veston du sous-prince de mes deux

Ils risquent de blesser les autres, tu comprends?

 

 

Je dois rester maîtresse de leur instinct sauvage
Garder intacte leur humeur fauve


Leur chaleur animale

Les ramener à moi au bon moment
Je suis responsable de mes tigres

 


Et puis si on s'aperçoit qu'ils ne sont pas si féroces
Qu'ils ont juste la dalle
Pire
Qu'ils jouent
Ça ferait du grabuge
Si les molosses deviennent des peluches
S'ils s'assoupissent en plein milieu de la place
Ça fait mauvais genre, tu vois?

 


Ils deviendraient une cible docile
Une proie facile pour les cirques exploitants

La fureur pas chère

Ça fait sensation


La chair déchiquetée par la fourrure

C'est un bon début de feuilleton
Le public en veut encore

J'ai dompté le rythme de leur carnage
Je leur ménage une part de captivité
Avant de les remettre en cage
C'est pour leur bien, tu sais?

 

 

Laisse les courir je te dis
Il faut qu'ils s'épuisent
Laisse les se faire les griffes
Ouvrir la gueule en grand

Devenir cannibales

 

Aude Fabulet

° ° ° ° °

si je dois errer
et si mon fantôme
doit rester
parmi elles
parmi eux
en bas
il hantera les murs froids
les vitraux fades
des églises de mon enfance
rallumera les bougies
qui baignent dans leur cire
pleines d’espoirs
de personnes qui ne nous souhaitaient
rien de bon
rien de plus
que de vivre loin

Charlotte

 

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07.03.2026

SENTIMENT BRUTAL


HEUREUX EST LE PAYSAGE

PUISSANCE DE NAÎTRE DANS LA CONFUSION

LA RUELLE PRÈS DES MERS

LA TENDRESSE QUI ÉTOUFFE

ALCOOLISME BÉANT

LES PREMIÈRES GRAINES DE LA LÉGÈRETÉ

BROOKLYN REPORTAGE

BRUIT D’ANNONCE

ET RESSORTISSANTS QUI FONT LA FÊTE

BROOKLYN

JUNTE CUTANÉE

VIANDE ET FUMIER

J’AI LA COCARDE ENSANGLANTÉE

ET JE M’APPELLE

CURIEUX BROOKLYN

COMME CE FÉMININ LIBERTARIEN



 

SEIGNEURS DE LA BEAT


 


 

METTRE DE L’UNIVERS

DANS LES RACES PRESBYTÈRE

S’APPUYER SUR L’ORÉE D’UN GRAND FLEUVE

POUR CHANGER NOS PETITES PÉTASSES

EN UN DAIM ARGENTÉ

RENDRE INÉVITABLEMENT

LES MASSES ÉCLAIRES

PLUS SORDIDES QUE LES VIVANTS

SE VAMPIRISER

AUTOUR DE RÉSERVOIRS DE CAMIONNETTES

IMITER LA BRUTE RÉTROGRADE

POUR ÉCRIRE DES LETTRES EN FIN D’ANNÉE

PLEINES DE GESTES ET DE J’Ai ÉTÉ




 

AVEUGLE ET NU


 

JE VOYAGE SILENCIEUSEMENT

DANS LA ROBE DU VIVANT

MATRAQUÉ D’UNE SOIE INCONFORT

DE LA MILICE DÉSARGENTÉE

DANS UNE RÉPUBLIQUE DE PITIÉ


 

LES VILLAS TRÉBUCHENT

DES FRACTIONS DE MA ROUTE

MALAXÉE AU POSSIBLE


 

LE SEIN VIDE

LE CŒUR À MOITIÉ DÉVALISÉ

JE FAIS L’ANGE

DE LA TOUR OU DU PONT

MÉDECIN


 


 


 

LA GUEULE TORRIDE

Je tronche mon portrait hydraté

pour de sinistres idées

Une embarcation de lumière et un peu de kiffe

contiennent mon élan de virginité

Vers l’insoluble

Les personnages nous excitent

et le monde nous béatifie

Jusqu’à ce que, seul

ma voix ne tranche plus

que pour le caniveaux

Alors

je me noie

Un gros sac de plaies à portée

Margot Bogaerts

 

 

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14.02.2026

Ma soleil

Ecriture orangée qui te nomme “soleil ».

Bleu comme le ciel,

blanc comme les nuages,

orange comme le soleil.

Chacun matin, je bois le ciel.

Tasse-soleil,

tasoleil,

ma soleil

qui illumine mes matins

un peu trop gris,

un peu trop gros.


 

Sans anse, deux doigts ne suffisent pas. Ma main entière doit la prendre pour la porter à mes lèvres. Serrée contre ma paume, contre l’ensemble de mes doigts. Sa chaleur réveille mon corps engourdi, elle réveille ma peau endormie. Si petite, elle m’oblige à être vigilante, à boire lentement, à savourer l’instant pour ne perdre aucune goutte des joyeux rayons de ma soleil.


 

Si le soleil se cache,

La soleil est contre moi.


 

La lenteur de ma soleil, la douceur de ma soleil. Non plus l’action, la vitalité, la force du grand soleil. Comme en allemand, « die » Sonne. Si le soleil devient féminin, change-t-il ? Questionner les déterminants, les imaginaires créés par ceux-ci. Pourquoi le soleil incarnerait la force ? Pourquoi la force serait masculine alors que ce mot est féminin ? Ne plus attribuer de genres aux éléments, ne plus attribuer des épithètes genrés aux éléments. Se souvenir que tout notre monde a été étiqueté. Libérer le vivant de ces mots-cadenas.


 

Les

éléments

seront

sensations.

Aujourd’hui, ma soleil est douxe.


 

Et demain, m* soleil que sera-t-iel ?

Marie Willeaume

 

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01.02.2026

Comment s'aiment les menteuses

 

Je prends sa main pour se balader

elle balade sa main sur mes dents et elle me dit : souris plus fort j'entends rien, je dis : j'essaye

et je mords à pleines dents dans sa tresse, elle dit : essaye mieux

je dis : j'essaye

 

Je sers la mâchoire plus fort et je dis : mes mains sont trouées pour toi

Elle dit ça se voit, je dis désolée, elle dit t'inquiète

 

On cherche comment se tenir dans les mains. On trébuche sur des lattes de parquet posées pour le futur. On écrase des mégots dans les gâteaux qui sortent du four. On crie sur les passages piéton et on dort sur les capots de voiture. On se mord dans les lèvres et dans les yeux et dans les langues et ça saigne et souvent c'est l'amour fou

 

Finalement ses joues sont moins douces que ce que j'avais imaginé

Elle dit : je suis pas là pour te plaire

Elle dit ça les doigts dans une bouche pas la mienne et les autres autour de ma gorge

Elle dit : je frapperai avec douceur

Elle dit : j'aurai la lèvre fendue et le cœur intact comme du double vitrage, tu veux ?

 

Elle dit : je sais reconnaître une menteuse quand j'en vois une

Et on part pour s'aimer brutalement entre menteuses

Ju Roses

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21.01.2026

 

A vous en lécher les babines

Primat des langues

Des bêtes à cornes 

Et de l’altitude dans les fourrés

C’est moi qui t’interdis le dimanche

De cavaler

De fuir outre vallée

Le monde créé des libertins

Succession des signifiants

Je te cueille par l’allemand

Dans le divan, dans la cuisine

Près des abondances et des loisirs

Maintenant que la lutte est terminée

Et le score de zéro-zéro

Tu fais un geste planté dans ma carcasse 

Langue vivace 

Qu’on a trainé par les pieds

Margot Bogaerts

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