SALIVE
Ici, essai de la page pleine de bave, jolie bave, celle générée par l'envie et le désir de s'en lier dans la langue, avec, tout contre, glande salivaire, possibilité d'étalement, surface de lèche infinie mais précise.
Ici, seront posés, déposés, [presque] librement, ici vont entrer en résonances vos textes et les langues appelées et déployées dans cunni lingus, ici des liens frétillent de se faire.
Envoyez-nous vos écrits, brouillons, palimpsestes... toute page mettant à l'œuvre vos émulsions qui interrogent nos constructions sociales, l'identité de genre, sa réalité ou sa virtualité, nos relations aux vivants, les notions, concepts et valeurs sur lesquels repose l'hétéronormativité... Nous salivons déjà de vos tentatives où langue oscille, bouscule/bascule.
Tous les textes seront publiés sans passer par le comité de lecture, à l'exclusion de ceux qui ne correspondraient pas aux critères de la revue ou de ceux qui pourraient présenter des propos à caractère raciste, sexiste, homophobe, transphobe, injurieux... Les écrits y répondant indirectement ou dont les extraits envoyés ne rendent pas lisibles/visibles ce travail devront être accompagnés d'une note d'intention.
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2026
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14.02.2026
Ma soleil
Ecriture orangée qui te nomme “soleil ».
Bleu comme le ciel,
blanc comme les nuages,
orange comme le soleil.
Chacun matin, je bois le ciel.
Tasse-soleil,
tasoleil,
ma soleil
qui illumine mes matins
un peu trop gris,
un peu trop gros.
Sans anse, deux doigts ne suffisent pas. Ma main entière doit la prendre pour la porter à mes lèvres. Serrée contre ma paume, contre l’ensemble de mes doigts. Sa chaleur réveille mon corps engourdi, elle réveille ma peau endormie. Si petite, elle m’oblige à être vigilante, à boire lentement, à savourer l’instant pour ne perdre aucune goutte des joyeux rayons de ma soleil.
Si le soleil se cache,
La soleil est contre moi.
La lenteur de ma soleil, la douceur de ma soleil. Non plus l’action, la vitalité, la force du grand soleil. Comme en allemand, « die » Sonne. Si le soleil devient féminin, change-t-il ? Questionner les déterminants, les imaginaires créés par ceux-ci. Pourquoi le soleil incarnerait la force ? Pourquoi la force serait masculine alors que ce mot est féminin ? Ne plus attribuer de genres aux éléments, ne plus attribuer des épithètes genrés aux éléments. Se souvenir que tout notre monde a été étiqueté. Libérer le vivant de ces mots-cadenas.
Les
éléments
seront
sensations.
Aujourd’hui, ma soleil est douxe.
Et demain, m* soleil que sera-t-iel ?
Marie Willeaume
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01.02.2026
Comment s'aiment les menteuses
Je prends sa main pour se balader
elle balade sa main sur mes dents et elle me dit : souris plus fort j'entends rien, je dis : j'essaye
et je mords à pleines dents dans sa tresse, elle dit : essaye mieux
je dis : j'essaye
Je sers la mâchoire plus fort et je dis : mes mains sont trouées pour toi
Elle dit ça se voit, je dis désolée, elle dit t'inquiète
On cherche comment se tenir dans les mains. On trébuche sur des lattes de parquet posées pour le futur. On écrase des mégots dans les gâteaux qui sortent du four. On crie sur les passages piéton et on dort sur les capots de voiture. On se mord dans les lèvres et dans les yeux et dans les langues et ça saigne et souvent c'est l'amour fou
Finalement ses joues sont moins douces que ce que j'avais imaginé
Elle dit : je suis pas là pour te plaire
Elle dit ça les doigts dans une bouche pas la mienne et les autres autour de ma gorge
Elle dit : je frapperai avec douceur
Elle dit : j'aurai la lèvre fendue et le cœur intact comme du double vitrage, tu veux ?
Elle dit : je sais reconnaître une menteuse quand j'en vois une
Et on part pour s'aimer brutalement entre menteuses
Ju Roses
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21.01.2026
A vous en lécher les babines
Primat des langues
Des bêtes à cornes
Et de l’altitude dans les fourrés
C’est moi qui t’interdis le dimanche
De cavaler
De fuir outre vallée
Le monde créé des libertins
Succession des signifiants
Je te cueille par l’allemand
Dans le divan, dans la cuisine
Près des abondances et des loisirs
Maintenant que la lutte est terminée
Et le score de zéro-zéro
Tu fais un geste planté dans ma carcasse
Langue vivace
Qu’on a trainé par les pieds
Margot Bogaerts
