Mon kidnappeur m’appelle Rémy
/ études sur les chaises électriques et la respiration
06 : 00
Il est venu ce matin pour qu’on aille ramasser les vers, tout en haut de la montagne. Je n’avais pas pris mon déjeuner, alors j’ai eu de la chance d’en trouver trente. Normalement, je devais en ramasser trente sept, mais j’en ai mangé sept. Cette montagne se déplace tout le temps. À chaque fois, trois pas. Je pense que la prochaine fois, je ne la verrai plus depuis la fenêtre.
09 : 00
Ses lèvres sont vertes. Je ne comprends pas pourquoi il n’aime pas le rouge, pourtant c’est la couleur que je vois souvent, même quand je ferme les yeux. Et je pense que c’est pour cela que, quand je souris, je fais peur.
12 : 00
Sa voix est tellement douce, tellement belle, tellement noire, que toutes les berceuses prennent sens. Je comprends. Je le comprends, surtout quand il frappe sa tête contre le mur, devant moi, juste parce que parfois les mots qu’il voudrait dire n’ont ni verbe ni sujet précis.
15 : 00
Le vent s’en fout s’il est beau. Le miroir n’a pas de ciel, il n’existe que dans la construction des faibles mains et des yeux. Monsieur dit qu’il était là avant moi. J’ai honte, alors je lui ai demandé s’il avait froid, juste pour créer une conversation. Il a ri. J’aime bien son rire long, profond, plein de ficelles, de cordes en cours de construction. Il faut que je respire. Aller en enfer me fait rire.
18 : 00
Les seaux sont pleins de vers. Je pense que les montagnes deviendront des bouches à l’envers. Elles attendent qu’on leur raconte nos journées, tout en les nourrissant comme un veuf père. Je souhaite que le soleil se coupe en trois, pour qu’il n’y ait plus de nuit, puisque dormir ne chasse pas les beaux rêves pathétiques, allongés dans un grand espace du cerveau. REORGANISATION. Je veux utiliser cet espace pour bâtir un musée et à côté une usine et encore à côté un puits qui traverse la terre et juste à côté un moteur pour fabriquer des tonnerres. Et en tant que tel, je suis en tablier blanc, il faut un sabre pour couper, ou collaborer avec un ancien boucher.
21 : 00
Trouver une autre forme, à part le triangle. Comment pencher l’assiette vide et respirer avec un tuyau. Imaginer un tentacule, tout le temps, des tentacules qui viennent vers moi, pour me prendre, me sauver, m’embrasser, me mettre sur leur table ronde, au milieu, et discuter about me and the solution. Alors que je ne suis pas le problème, je le jure, comme quand j’arrache les champignons le matin et que le soir je les plante dans les arbres. Je ne veux pas que tout soit stable. La stabilité est une chaise électrique.
00 : 00
Trois papillons font trois papillons
Borné, je cours pour manger des clefs.
Le placard, la première fois, est rempli de costumes à plusieurs bras, les cols comme des cordes pour allez me faire voir en haut. Alors qu’on me dit d’aller me faire soigner en bas. La chaise pue la tromperie. Je n’ai jamais triché, mais je comprends l’homme. Je suis mieux que mon désir, quelque part dans mon corps. Je respecte ce soleil, mais je préfère faire confiance aux sombres traces qui coulent dans mes grandes rivières, dessinées sur du papier toilette, pendant mes dix minutes de pause dans les petites toilettes.
Je ne peux plus boire d’eau depuis qu’il m’a parlé de son poisson rouge, qui dévorait ses attentes obligatoires. Il attend que je m’enfuie, alors que je l’attends pour qu’il me libère.
éducation ou protection !?
Monsieur a pleuré aujourd'hui, je pense que quand un homme pleure, les monstres des placards s'organise pour fêter un enterrement. Il avait le dos tourné. Sa respiration était si lourde que tous les pères fatigués du monde se sont demandés, pourquoi il faut punir la bêtise. L’éducation est une chaîne à neige.
Je suis désolé, par principe. Je veux un masque en papier mâché d’abord avec des dents tellement blanche que même l’obscurité des gens en robe blanche se cache derrière les branches. Je pense toujours que c’est utile pour se défendre contre ses propres rêves. Et je veux une fourchette tordue. Ce sont les cauchemars qui me réveillent et ils me demandent d’aller acheter du pain et du beurre, pour qu’on prenne le petit déjeuner.
Tambours imposés
Aujourd’hui, mon kidnappeur m’a annoncé que je suis prophète. Un tambour. Et en tant que tel, je vais dormir dans un berceau qui coule dans un océan de sang. Des tambours. Je vais sauver tous les sages performeurs, ceux qui ont commis chacun un péché, sûr, contre, sur moi. Des milliers de tambours. Je vais pardonner, je poserai simplement ma main sur leurs têtes, je les regarderai longtemps, comme du sel. Puis je serrerai si fort leurs crânes que les couleurs changeront de place. Le grand tambour.
carton gris, dedans y'a toute les couleurs, sans doute
Objet à trier
Ce n’est pas que tu es sale, c’est que tu es trop vrai. C’est lui qui parle.
Je me suis mis dans un carton. Je voulais qu’il me range avec ses belles collections, de boutons, d’aiguilles, de faux ongles, et de carnets vides. Il a l’habitude d’écrire une phrase sur la première page, puis de laisser le reste. Je crois qu’il a peur de finir. On aime tous les deux le commencement.
J’espère qu’il ne va pas me poser près des poubelles. Il y a trop de lumière, il y a trop de bouteilles cassées qui espèrent, il y a trop de photos déchirées et des poèmes aux odeurs amères.
Je l’aime. Je veux l’épouser. Et adopter une petite créature qui ne reçoit que des regards de travers, même les saints la qualifient comme la plus grande menace de la terre. Je lui laisserais le temps de choisir son prénom. Rémy, par exemple.
Mon kidnappeur m’appelle Rémy
Il m’appelle Rémy.
Rémy, viens voir les fourmis se battre pour tes morceaux de pain. C’est doux.
Rémy, viens voir les fourmis mordre mes veines.
Rémy, viens voir les fourmis découvrir ton cercueil avant de l’habiter. Ça me vexe. Rémy, regarde-les libres, dans ta bouteille d’eau. Rémy, elles prient pour que tu restes encore un peu. Ça me réchauffe le cœur.
Rémy, viens voir les fourmis courir, courageuses, au coin du collier. Elles grimpent, se collent à ton cou comme si c’était leur promesse. Comme si c’était une chambre de suicide permanent avant le paradis promotionnel, sponsorisé, avec réductions.
Peut-être que je suis un Rémy raté.
Peut-être un Rémy pas encore rémunéré, mais je continue de travailler, parce que le plus important, c’est d’être aimé de son patron.
Peut-être que je suis un Rémy révolu, un récit en certitude renversée, un Rémy qui s’accroche à toutes les offres de machines à recoudre les cordes, les plafonds ne tiennent pas sous le poids Rémyen.
Peut-être que je suis un Rémy qui ne rime plus avec rentrer, en guerre contre des tonalités supérieures, sifflant sur les arbitres libres, je n’ai pas peur de mon esclavage, catégorie, association des incapables de compter leurs doigts, et qui croient qu’ils n’en ont que trois.
Peut-être que je suis un Rémy far, far away.
Confess con
Dans la cave, debout toute la journée, il y a un aquarium. Le poisson rouge à l’intérieur est seul. Je m’inquiète pour lui. Il bouge parfois, il ouvre la bouche. L’eau est si sale que j’y vois mes péchés s’affronter, chacun cherchant à éliminer les autres pour qu’il n’en reste qu’un. Alors, j’attrape le poisson avec ma main. Je le regarde longtemps. J’ai envie de lui chuchoter que je l’aime, qu’il mérite d’être libre, qu’il doit évoluer pour voler. J’ai même pensé lui coudre sur le dos les ailes d’un pigeon mort. Mais en fait je vais le manger. Avec l’espoir qu’il trouvera, dans mon estomac, un jardin, une grande rivière, et des amis qui sifflent et qui jouent.
Certificat de concentration !
Monsieur dit que j’ai trop d’imagination qui font vibrer les yeux. Il dit que la concentration est impossible, même quand on ferme la porte. C’est pour ce là que Monsieur ferme la porte. C’est pour ce là que je vois que des murs et pas de porte. C’est pour ce là que Monsieur ne sort pas par la porte. C’est pour ce là que rien ne s’ouvre, sauf les plantes de fleurs mortes
Rémy, le grave et élagant
Rémy parle. Ils entendent ma voix, douce, féminine, qui donne une troisième chance, une sixième même, au cas où les facteurs prendraient le temps de bien déposer le courrier dans la boîte aux lettres et de laisser une fleur. Mais le mal, tellement mal, que les clous se battent à mort jusqu’à ce qu’il n’en reste qu’un. Et puis l’accrocher au mur. Ne pas attendre un tableau. Contre qui ? Contre le grave. Pas de voix qui bave.
Where is Rémy ?
je ne suis pas dangereux, juste nerveux, tellement nerveux que j’ai été finaliste de la coupe du monde des cris insupportables. Parfois, les vitres s’étirent pour fuir le cadre, jusqu’à ce que le soleil ressemble à une batterie mordue, coincée dans une lampe de bureau. J’écris debout. Mon kidnappeur dit que les menottes, c’est pour la sécurité de l’histoire, sa propre sécurité, mental, en mauvais état, surtout quand je parle du bonheur et du futur. Il affirme que le scénariste raté n’aime pas ma voix. Et qu’il faut causer beaucoup de guerres, pas pour pour voler de l’or, mais pour que je me taise de l’ouest au nord. Il faut attendre que tous les personnages principaux meurent dans leur sommeil, pour que le public puisse enfin être payé et partir. Je vous en supplie.
