La plaie de l'aube
- extrait -
fuite
07h13
— sixième
de
ligne
l’ aube a trois couleurs
je ne me reconnais
dans aucune
d’entre
elles
L’océan sur la manche
Les rues floues
comme des gros points de laine
le châssis de tes corps
cavale sur un
ciel troué
le regard-crucifix
la gorge
épaisse
comme
le temps s’ achève
dans la nuit du
destin
Le sang de ton
île
et les mirages de mes pays déchirés
Les cœurs plantées aux
onze coins du monde
J’écris la
mythologie
des pieds secs
La légende des
dos fêlés
les exploits des
déesses
Sans visages
la quête oubliée
des larmes
J’écris c’est ton
visage
sous mon poing
le néant cousu
À même la peau
tes rires de lumière
l’appel-silence
de la braise
matière molle sous
les os
les limites du ciel
*
Je vois
derrière l’horizon
derrière
Tes visages
Derrière
les seuils de mes
reins
jevoislacraqueluredesventsbalayerdesrestes demondes
Le cœur comme du verre brisé
Éclats d’aube
que l’on sème sous
la poitrine
*
Se sont écoulées
toutes les profondeurs
sous la peau
habibi
Je fais l’amour comme le ciel prend feu
dans tes mondes,
mes peuples trouvent leur trace
Agrippe mon cœur
comme l’eau s’arrache du
désert
pour pleurer
les oasis ont soif de mains tendus
et de visages secs
Serre ma rage dans le nœud mouillé
de ton poing
Regarde comme nos racines forment les veines noires d’une constellation de terres
regarde comme la peur éclate
sous la corne
La peau rêche
ce sont des fissures
que naissent
les rêves
des arcs-en-ciel
courant sous le béton
des fleurs riant
sur les canines
des mortes
de la plénitude du
vide
l’être
renaît des
creux
après l’orage
Vient l’orage
J’irai faire des moissons de larmes pour
venger nos mères
pp. 67-77
La plaie de l’aube
fuite 07h13 — sixième de ligne
éditions blast, 2024
