Des dessins d'Isabelle Schneider accompagnent ce texte. Ils sont en ligne sur son site Autour de la langue.
MA POISONNE-ASSASSINE
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Plus de costume
pour personne…
Comment tu danses,
comment tu danses, toi…
Dans les vapeurs-alcool
dans les vapeurs bleutées…
Oh ma Beauté
ma Beauté-Belle
quand je te vois danser
un battement de cœur
un seul
nous sépare…
Je le comprends bien sûr
mais je ne bouge pas…
Tes lèvres-papillons
ça m’araigne le sang.
Lentement, lentement
tout en papillonades
tes papillons-poison
me vident la mémoire.
Vapeurs alcool et cigarettes
tes yeux
tes yeux et moi :
plus fou que fou !
Dans ton regard je vois la mort
j’en meurs depuis l’éternité.
Oh ma Beauté, mon Assassine
ma folie te fait meurtrière…
Ma Beauté-Belle
tes bras la danse
et dans ma tête la mémoire…
L’alcool le sang la cigarette
ma mémoire se vide, entière
et je me perds…
Oui je perds pieds pour approcher…
Tourmenté tourmenté.
Ton corps, ton front, tes lèvres pâles…
Tes lèvres me font trop de sang…
Ta peau…
Ta peau et mille démons fous
qui me fouettent dans la poitrine.
Dedans moi un vent sec :
mon désir.
Et toi dans ton sourire
tu voudrais que je pleure ?
On n’émeut pas les chiens.
La beauté ma Chérie
la beauté :
ça me rend violent.
Tu es ma tentation suprême
je me ferai ton dévoreur…
Tes yeux tes hanches :
Ça me coupe !
Ton corps…
Ton corps me fait que le mien parle.
Fou !
Fou !
Et dans ma tête ton fantôme
ton fantôme attablé
dévore ma mémoire.
Fou !
Fou !
Comment tu danses
comment tu danses, toi…
Et moi
en solitaire
à me crever les yeux de toi
à me faire plus chien
qu’un chien qui ronge un os.
Ma Beauté, ma beauté
ma Poisonne-Assassine…
Tu me hantes m’obsèdes
dans moi, d’un seul regard
tu me fais tout craquer.
CHTAC !
Je hurle :
animal
je hurle un hurlement
que la vie même empêche.
Je ravale mon cri
mais tu me brûles entier :
tu me tues ma Beauté…
Tu souris, tu souris,
et ça me pulvérise.
Il ne faut pas sourire.
NON !
CE SOURIRE-LA,
IL NE FAUT SURTOUT PAS
QUE JE LE DEVISAGE.
Il faut me laisser mécanique
il ne faut pas que dedans moi :
ça se dé-solitaire.
Tes hanches, tes paupières…
J’étais juste à m’appartenir…
Tes lèvres, ton visage
ton sourire et soudain :
je n’appartiens plus à rien.
Tu me fais moi :
pire qu’un chien.
Comment tu danses, toi
comment toi
tu plantes talons
et que ça m’aiguille la tête
jusqu’à m’en percer la mémoire.
J’ai ton araignée dans le sang
ton Araignée-Beauté
qui me croise les os :
jusqu’à les tordre.
Et toi… Toi,
tu danses, toi…
Tue Papillon !
Dans tes cheveux dorés…
Tue ! Tue ! Tue Papillon !
Les volutes bleutées…
Et moi je me répète…
Tes mains dans la musique…
Dans ma tête je hurle :
Tue ! Tue ! Tue !
Crève le Papillon
avant qu’il ne te bouffe
te ronge la cervelle !…
Et toi
toi tes yeux…
Tes yeux toi ma Beauté
ils me creusent le cœur
jusqu’à le fendre.
Tu ne vois rien
tu ne vois rien de ton sourire :
comment c’est qu’il se fait cruel
comment ta langue parfois elle passe
Len-te-ment-sur-ta-bou-che…
Ta langue croque-sel
tes lèvres me font le poison…
Tout en dansant :
Tu m’assassines.
Croque et sel la mémoire
ça me ronge partout.
Avant ?
Avant j’avais la mort tranquille
ma solitude, mon poème…
Mais tu me fais
je vois ton sourire
oh tes mains
tes mains tes caresses
te regarder danser :
ça me dévaste la poitrine…
Tes lèvres ton sourire
ta langue lentement…
Oh…
Moi ?
Je voudrais me languer à toi…
Je t’ai laissée venir
me suis vu disparaître :
dans ton poison, Beauté.
Ce que je vis
c’est infernal…
Sais-tu comment l’on meurt
ma Poisonne-Assassine
sais-tu comment l’on meurt
à crever de désir ?
Comment tes yeux
comment tes lèvres
comment dans ta chair
tout est bon…
Comment dans un éclair
comment tout toi
toi ça me taille :
à me damner.
Pire qu’un chien !
Pire qu’un chien !
Avec ce vent sec, mon désir
à m’en exploser les mâchoires !
Et toi Papillon
tu danses.
Sais-tu comment l’insupportable
devant mes mains tremblantes
et tout mon corps en fièvre
en convulsions de toi
parce que trop remplit de désir ?
Tu souris, tu souris
et moi honteux
à ravaler ma bave
derrière mes babines.
Et moi ?
moi immobile
avec ce corps en hurlement
avec ton Papillon dans le sang
et qui me fait sauter la tête
et qui engloutit ma mémoire
mes certitudes
et qui j’étais.
Tu danses ma Beauté
la tête penchée
tu souris
avec la grâce et l’insouciance…
Tu danses, toi.
Moi : je tétanise.
J’ai la respiration convulsive
j’ai la respiration
au couteau.
Battements d’ailes papillon
me cisaillent les alvéoles.
Et mon désir
j’en deviens fou !
Pire qu’un animal :
boursouflé.
Tu m’étouffes
Assassine !
Dans ma folie je crois
oui,
parfois j’ose le croire
que tu vas approcher.
Je crois tes lèvres ton sourire
ton corps ta langue :
tout pour moi.
Poison !
Poison !
Tu me grignotes la cervelle…
Tu me fais
d’un regard
mille trous dans la peau.
Volutes d’alcool et bleutées
comment tu danses toi
comment tu danses sur mes reins et
hoquetant comme un malade
fébrile
je ne trouve plus d’air
dans mes poumons :
fossilisés.
Comment toi, tes talons
parfaitement dans l’axe
me perforent le cœur.
Il ne faut pas, non
il ne faut pas :
surtout ne pas perdre contrôle.
Respirer
respirer…
Regarder :
mes pieds mes chaussettes.
Respirer
respirer…
NON ! NON !
NE PAS /
LEVER LA TETE,
NE PAS /
TE REGARDER !
Ne pas te regarder ?
Oh…non, non ma Beauté
Ma si Beauté tellement Belle
ma … Ma… Oh….
Tellement Belle, Oh…
Baisser les yeux
Baisser les yeux…
Baisser les yeux ?
Oh… non…
Non… non…
Je ne peux pas…
Respirer
respirer
mais trop tard j’ai la fièvre.
Mon Amour
Oh mon Amour tes lèvres
tes lèvres je t’en prie…
Oui je t’en prie
fais-moi l’amour…
Fais-moi venir dans tout ton corps…
Ton corps oui , oh…
Oh… ton corps ton souffle…
Tiens-moi dans tes bras
prends-moi
viens, viens…
Oh ta peau… tes caresses…
Caresse-moi
caresse-moi Beauté…
Ma Belle Beauté :
Orgasmique.
Cent mille corbeaux noirs
tournent dans ma poitrine.
Vapeurs d’alcool et cigarettes
et moi pire qu’un chien,
Fou ! Fou ! Fou !
Respirer,
respirer :
SOUDAIN :
RESPIRER NE SERT PLUS A RIEN…
Ton talon ma Beauté,
fracasse
ma solitude…
…
…
…
Volutes bleues les cigarettes
je m’approche de toi
les yeux mi-clos
tu souris.
Tes lèvres pâlent ma mémoire…
La courbe de ton cou…
le bijou dans le creux…
les mains jusqu’à ton cou…
Les petits osselets :
CRIC CRAC…
Tout déboîté ton cou
déboîté tout pareil
à comment dans tout moi
tu m’as tout saccagé.
J’ai dévoré ton Diable…
Ravalé mon vent sec…
Je t’ai faite,
mon Assassine,
ton battement :
crever le cœur…
Je n’ai plus de désir…
CRIC CRAC :
Tuée, Beauté…
​
Edith Azam, inédit
